Souveraineté énergétique : défi stratégique, économique et écologique
Les besoins en énergie sont en augmentation partout dans le monde. Pour les gouvernements, le défi consiste à trouver le moyen de les satisfaire efficacement. De plus en plus de pays, craignant des difficultés d’approvisionnement sont à la recherche de plus d’indépendance, ou de souveraineté, énergétique. Qu’est-ce que la souveraineté énergétique ? Comment l’atteindre efficacement ? Une véritable indépendance par rapport aux autres pays est-elle possible au XXIᵉ siècle ?
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La souveraineté énergétique, c’est quoi ?
De l’indépendance à la transition écologique juste
Également appelée indépendance énergétique, la souveraineté énergétique désigne la capacité d’un pays à satisfaire de manière autonome ses besoins en énergie. Ainsi, selon les types d’énergie consommée et leur lieu de production ou d’extraction, on peut calculer la souveraineté énergétique d’un pays.
Un pays qui importe la plus grande partie de ses sources d’énergie sera considéré comme étant peu souverain énergétiquement, tandis qu’un pays qui produit la quasi-totalité de son énergie sur son sol sera considéré comme grandement indépendant énergétiquement parlant. Bien sûr, les alliances géopolitiques entre pays sont extrêmement importantes pour permettre des échanges facilités et assurer, même en cas de dépendance, que les accès à l’énergie sont maintenus.
Outre ces accords pour garantir un accès aux sources externes, les États doivent s’organiser pour produire, transporter et distribuer l’énergie sur l’ensemble de leur territoire. Pour cela, l’importance de s’appuyer sur des partenaires spécialisés dans les services à l’énergie est indispensable. VINCI et ses filiales interviennent par exemple sur l’ensemble de la chaîne de valeur énergétique : depuis la construction d’infrastructures de production énergétique, jusqu’au transport et au stockage de l’énergie, en Europe, mais aussi en Amérique du Nord et du Sud, en Afrique, au Moyen-Orient, en Océanie et en Asie du Sud-Est.
Pour le Réseau Action Climat, représentant français du Climate Action Network International – un réseau mondial de plus de 2 000 ONG –, la souveraineté énergétique est définie comme « la capacité à mettre en œuvre des choix énergétiques permettant l’accès pour tous et répondant aux objectifs de politique énergétique à l’échelle adéquate ». Pour une « transition écologique juste », l’organisme souligne le besoin d’une souveraineté énergétique qui prend en compte les limites planétaires, respecte la souveraineté de tous les peuples et permet l’accès à une énergie propre et abordable pour tous.
Les énergies primaires et renouvelables, la clé de l’indépendance
Avoir recours à des énergies primaires ou renouvelables produites directement sur le territoire permet d’augmenter de manière conséquente l’autonomie énergétique d’un pays. Pour rappel, les énergies primaires sont celles disponibles directement et sans transformation humaine dans l’environnement, qu’il s’agisse d’énergies fossiles issues de la combustion de matière organique fossilisée et contenue dans le sous-sol terrestre comme le pétrole, le gaz ou le charbon, ou d’énergies renouvelables : hydraulique, éolienne, photovoltaïque ou géothermique. Parmi les pays considérés aujourd’hui comme les plus indépendants énergétiquement, la plupart ont misé sur le renouvelable.
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L’Islande est un exemple parfait. En produisant 73 % d’énergie hydraulique et 27 % d’énergie géothermique, elle couvre la quasi-totalité de ses besoins. Ce pays est considéré comme le plus autonome du monde en matière d’énergie, selon le classement de TRG Datacenters.
Débats autour du calcul de la souveraineté énergétique
Cependant, le mode de calcul de la souveraineté énergétique fait parfois débat. Ainsi, les calculs officiels intègrent l’électricité nucléaire en tant qu’énergie primaire. Pourtant, elle nécessite une matière première, l’uranium, dont les gisements ne se trouvent que dans certaines régions du monde (Australie, États-Unis, Canada, Afrique du Sud et Russie). Peut-on alors considérer qu’un pays comme la France, non producteur d’uranium, est souverain en ce qui concerne sa production d’énergie nucléaire, malgré les réserves importantes dont elle dispose ?
De même, on soulignera que certaines énergies renouvelables, comme l’énergie photovoltaïque, nécessitent l’extraction de minéraux rares, disponibles uniquement dans un nombre de pays limité. Anthony Vautrin, ingénieur à l’Agence internationale de l’énergie (AIE), évoque 20 matériaux considérés comme critiques, dont 19 sont produits principalement en Chine et un en Indonésie – cobalt, lithium, nickel, silicium… Le contrôle de la production de ces minéraux pourrait poser des difficultés d’approvisionnement aux régions qui ne les produisent pas.
750 millions de personnes sans accès à l’électricité dans le monde
Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), environ 750 millions de personnes dans le monde, principalement situées en Afrique subsaharienne, n’ont aucun accès à l’électricité, tandis que 2 milliards de personnes n’ont pas accès à des solutions de cuisson propres. Des chiffres en constante hausse, compte tenu de l’augmentation de la population.
La mise en place de politiques destinées à améliorer ces statistiques engendrerait des bénéfices massifs pour les habitants – réduction des décès causés par la pollution, augmentation des taux d’éducation des femmes et des filles, qui à l’heure actuelle ramassent du bois pour la cuisson… L’AIE estime qu’il est possible d’atteindre l’accès global à l’électricité d’ici 2035, et d’ici 2040 pour la cuisson propre, avec un budget de 23 milliards de dollars par an pour l’électricité et 4 milliards de dollars par an pour la cuisson propre.
Pourquoi la souveraineté énergétique est-elle devenue un enjeu central ?
La demande mondiale en énergie est en forte progression et concerne toutes les sources d’énergie (pétrole, gaz naturel, charbon, énergies renouvelables et nucléaire). Il n’est pas prévu qu’elle baisse pour le moment.
Ces besoins ne sont pas uniformément répartis : les pays émergents, la Chine en tête, suivie de l’Inde, ont des besoins particulièrement importants liés à leur développement industriel.
D’autre part, les besoins en refroidissement augmentent globalement : aujourd’hui, 80 % de la planète est concernée au moins une partie de l’année, bien que pour l’heure seuls 40 % des pays soient équipés de climatiseurs.
Dans certains pays, notamment les plus industrialisés, la consommation des data centers explose en raison du boom de l’intelligence artificielle et devrait « plus que doubler » d’ici 2030. À eux seuls, les plus grands data centers, souvent situés aux États-Unis, en Europe et en Chine, consomment l’équivalent d’une ville de 2 à 5 millions d’habitants…
Sécuriser son énergie directement dans son pays est un avantage stratégique et politique qui permet de ne pas dépendre des autres en cas de pénurie et de pouvoir assurer ses propres besoins.
Une indépendance totale est-elle possible ?
À l’heure actuelle, les énergies fossiles (pétrole, gaz et charbon) représentent encore la majorité de l’énergie consommée dans le monde. Que l’on en possède ou non sur ses territoires, s’en défaire – que cela soit pour des raisons d’indépendance énergétique ou de décarbonation – demandera beaucoup de temps et de ressources.
Le pétrole, pour rappel, est une ressource fossile provenant de la décomposition de matières organiques pendant des millions d’années. Sa disponibilité dans le monde a une limite, bien qu’il soit difficile d’évaluer avec précision le volume restant. Son extraction et son transport sont encore en augmentation, et l’enjeu géopolitique qu’ils représentent en font régulièrement l’objet de conflits, que cela soit dans les années 1970 avec les chocs pétroliers ou depuis mars 2026 avec le récent blocage du détroit d’Ormuz.
L’indépendance énergétique est une manière d’échapper aux incertitudes géopolitiques. Pour de nombreux pays, la solution est de ne plus dépendre des ressources fossiles en se tournant davantage vers les énergies renouvelables, jugées plus sûres et plus propres, pour couvrir leurs besoins.
L’énergie hydraulique, stable et constante, est l’une des plus sûres d’entre elles, mais elle ne peut pas être utilisée partout. Source d’énergie maîtrisée depuis longtemps, elle a souvent déjà été utilisée là où il était possible de le faire. Trouver de nouvelles sources d’énergie hydraulique semble complexe. Elle souffre également des aléas climatiques comme la sécheresse.
Les énergies éolienne et solaire, peuvent être implémentées à de très nombreux endroits. Mais elles sont intermittentes et dépendent aussi fortement des conditions climatiques : pour être efficaces 24 h/24, il faut prévoir des solutions de stockage ou les coupler à d’autres sources d’énergie qui peuvent prendre le relais en cas d’arrêt ou de ralentissement de la production.
L’indépendance relève donc aussi, visiblement, d’un mix énergétique varié et adapté aux réalités locales pour permettre aux États de ne pas dépendre d’une seule source d’énergie le cas où elle venait à manquer pour des raisons géopolitique, climatique, ou de pénurie.
Stratégies pour ne pas devenir (trop) dépendant des autres
Le choix du mix énergétique de chaque pays est hautement stratégique. Il est indispensable de prendre en compte les ressources et spécificités de son territoire : ainsi, les pays qui disposent de cours d’eau puissants peuvent miser sur l’énergie hydroélectrique, par exemple la Chine, le Brésil, le Paraguay ou le Venezuela, dotés des plus grands barrages du monde, tandis que les zones soumises à des vents forts peuvent miser sur l’éolien.
L’éolien, le solaire, la géothermie sont potentiellement disponibles partout sur le globe : en 2023, la Norvège a même mis en service des panneaux photovoltaïques sur l’archipel du Svalbard, à seulement 1 300 km du pôle Nord. Ces énergies permettent aussi de mettre en place des systèmes d’autoconsommation autonomes lorsqu’il n’y a pas de réseau électrique : par exemple pour alimenter une infrastructure, un hôpital dans une région éloignée du réseau.
Stocker pour maîtriser les variations de production d’énergie.
Le stockage n’est pas une notion à négliger : il peut s’agir de stocker la ressource dont on a besoin directement (pétrole, uranium…) ou l’énergie produite en excès. Électrochimique, mécanique, thermique, et plus récemment le développement du stockage chimique sous forme d’hydrogène, sont autant de solutions à étudier. Les parcs de batteries à grande échelle, d’une capacité de quelques dizaines à plusieurs centaines de mégawatts, jouent notamment un rôle de plus en plus critique au cœur des réseaux électriques. Communément désigné par l’acronyme BESS (Battery Energy Storage System), ce marché inexistant il y a tout juste 15 ans pèse aujourd’hui autour 50 milliards de dollars, et croît chaque année de 15 à 20 %.
Les batteries constituent un élément clé pour assurer un approvisionnement énergétique moderne, fiable et sans émissions de CO2 dans les réseaux électriques nationaux.
José Antonio Fernandez Garcia, directeur de Zero.e (Cobra IS).
Indépendance énergétique : faire des choix, politiques et financiers
Aujourd’hui, l’électrification des usages semble la solution idéale afin de réduire les émissions de CO2 et d’atteindre plus d’autonomie. « Électrifier, c’est à la fois répondre aux questionnements de sécurisation des approvisionnements énergétiques et de transition énergétique », soulignait Isabelle Spiegel, directrice de l’environnement de VINCI, lors de l’émission Smart Impact en avril 2026. Bonne nouvelle : selon l’AIE, l’électrification devrait progresser « au moins 2,5 fois plus vite que la demande globale d’énergie d’ici 2030 ». En effet, les progrès allant dans ce sens se multiplient afin de permettre cette transition, notamment dans le monde des transports et de la mobilité, avec le développement de la voiture électrique. Cette transition nécessite cependant des financements importants. Les gouvernements doivent faire le choix de la soutenir afin de permettre aux industries comme aux particuliers de changer leurs usages.
Il est aussi indispensable de renforcer les réseaux électriques pour leur permettre de supporter ces évolutions.
Bien que chaque source d’énergie présente son lot d’avantages et d’inconvénients, se tourner vers un mix énergétique comportant une plus large part de renouvelables semble être un choix stratégique pour s’assurer des approvisionnements plus sûrs, quelles que soient la situation internationale et l’évolution climatique, et donc de sécuriser l’indépendance énergétique des pays. L’électrification doit cependant être réalisée à un rythme maîtrisé, tout en s’assurant que les réseaux électriques soient en mesure de supporter l’augmentation de la production des pays. Développer les énergies renouvelables et l’électrification permettra également de réduire la pollution mondiale ainsi que la production de gaz à effet de serre, un objectif visé par de nombreux pays.
Sources :
VINCI : « Œuvrer pour un monde durable » (document d’enregistrement universel 2025), p. 14 – https://www.vinci.com/publi/vinci/vinci-document-enregistrement-universel-2025.pdf
Réseau Action Climat : « La souveraineté énergétique à l’épreuve des faits » – https://reseauactionclimat.org/wp-content/uploads/2026/02/rac-synthese-v7-web.pdf
LowCarbonPower : « Électricité en Islande en 2025 » – https://lowcarbonpower.org/fr/region/Islande
Le Grand Continent : « Parmi les dix pays les plus indépendants en matière d’énergie, sept sont européens » – https://legrandcontinent.eu/fr/2025/12/11/parmi-les-dix-pays-les-plus-independants-en-matiere-denergie-sept-sont-europeens/#easy-footnote-bottom-1-308028
Connaissance des énergies : « Est-on sur la voie de l’indépendance énergétique en France ? » https://www.connaissancedesenergies.org/questions-et-reponses-energies/comment-est-calculee-lindependance-energetique-de-la-france
Anthony Vautrin, Agence internationale de l’énergie : Keynote « Énergies 2035 : plus vite, plus électrique ? », Building Beyond 2026, conférence organisée par Leonard, Groupe VINCI – https://www.youtube.com/watch?v=8G7z_KBDrb8
Climate Clean Air Coalition : « Bilan énergétique mondial 2025 » – https://www.ccacoalition.org/fr/resources/global-energy-review-2025
AEI : « Electricity 2026 » – https://www.iea.org/reports/electricity-2026/executive-summary
Anthony Vautrin, AEI : Keynote « Énergies 2035 : plus vite, plus électrique ? », Building Beyond 2026, conférence organisée par Leonard, Groupe VINCI.
Connaissance des énergies : « Data centers et IA : la consommation d’électricité dédiée devrait plus que doubler d’ici 2030, selon l’AIE » – https://www.connaissancedesenergies.org/afp/data-centers-et-ia-la-consommation-delectricite-dediee-devrait-plus-que-doubler-dici-2030-selon-laie-250410
Anthony Vautrin, AEI : Keynote « Énergies 2035 : plus vite, plus électrique ? », Building Beyond 2026, conférence organisée par Leonard, Groupe VINCI.
Notre-environnement.gouv.fr : « L’énergie en France et dans le monde : deux “bouquets” bien différents » –https://www.notre-environnement.gouv.fr/actualites/breves/article/l-energie-en-france-et-dans-le-monde-deux-bouquets-bien-differents?utm_source=chatgpt.com
Connaissance des énergies : « Pic pétrolier » – https://www.connaissancedesenergies.org/fiche-pedagogique/pic-petrolier
Connaissance des énergies : « Arctique : des panneaux solaires entrent en service sur l'archipel du Svalbard, à 1 300 km du pôle Nord » – https://www.connaissancedesenergies.org/afp/arctique-des-panneaux-solaires-entrent-en-service-sur-larchipel-du-svalbard-1-300-km-du-pole-nord-230919
Isabelle Spiegel : Interview lors de l’émission « Électrification, le défi de la souveraineté », Smart Impact – https://www.bsmart.fr/video/33220-smart-impact-16-avril-2026
Connaissance des énergies : « L’AIE fait le point sur les progrès vers une “ère de l’électricité” » – https://www.connaissancedesenergies.org/laie-fait-le-point-sur-les-progres-vers-une-ere-de-lelectricite
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