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Smart farming : la technologie cultive l’avenir

Depuis la révolution industrielle au XIXe siècle, l’agriculture n’a cessé d’évoluer. Aujourd’hui, la culture hors-sol, la robotique, l’automatisation, mais aussi les capteurs, les drones, sans oublier l’intelligence artificielle (IA), sont de plus en plus répandus dans les exploitations agricoles. Ces innovations transforment profondément les méthodes de travail pour amoindrir la pénibilité des tâches, simplifier la gestion et améliorer le rendement.  

Certains pays comme la France cherchent activement à progresser dans le domaine de l’AgriTech grâce à un programme d’investissement stratégique. Les enjeux sont de garantir la souveraineté agroalimentaire et d’appuyer une agriculture plus durable, résiliente et compétitive, en accélérant l’innovation en agriculture1. Appelées « smart farming » ou simplement agriculture intelligente, voici un panorama de ces nouvelles technologies qui transforment les processus agricoles.  

L’agriculture hors-sol : produire plus, même en agglomération

La production agricole hors-sol représente l’ensemble des techniques de culture sans terre, où les plantes sont nourries par une solution contenant de l’eau et tous les nutriments essentiels à leur croissance. Bien qu’elle se soit fortement développée depuis les années 2000, ses origines remontent à plusieurs siècles, puisqu’elle a été pratiquée par la civilisation aztèque2.  

Parmi ces techniques, l’hydroponie consiste à remplacer la terre par un substrat inerte et stérile – sable, billes d’argile... L’eau est apportée par des pompes et des gouttières. En aéroponie, les plantes sont suspendues en hauteur et les racines, à l’air libre, sont pulvérisées d’une brume enrichie de minéraux. En aquaponie, on combine le hors-sol et l’élevage d’organismes aquatiques, tels que les poissons : leurs déjections, riches en azote, en phosphore et en potassium, contribuent à nourrir les plantes. Ces dernières absorbent les nutriments et filtrent l’eau qui peut retourner aux poissons, formant ainsi un écosystème vertueux3

Lorsque ces technologies sont déployées dans des unités de production intensive en intérieur sur plusieurs niveaux, on parle de fermes verticales. Avec une emprise au sol réduite, elles produisent en masse, toute l’année, sous tous les climats4.  

Fermes urbaines et verticales se développent fortement depuis une vingtaine d’années. En 2024, on estime ce marché à environ 12 à 15 milliards de dollars dans le monde, en croissance de 10 à 12 % par an. L’Europe est considérée comme un leader dans ces technologies5.  

Le hors-sol présente de nombreux avantages : une productivité accrue (deux à quatre fois plus rapide qu’en sol traditionnel), notamment pour les fermes verticales, et jusqu’à 90 % d’eau en moins et peu de pesticides6. Un système qui permet de produire toute l’année, indépendamment des conditions météorologiques – y compris dans les zones urbaines, au plus proche des besoins des consommateurs.  

visuel ferme verticale à Singapour

Ferme verticale à Singapour

Sky Greens, à Singapour, est une ferme hydroponique de 120 tours en aluminium de 9 mètres de haut, qui emploie 21 agriculteurs. Elle peut produire jusqu’à une demi-tonne de légumes frais par jour sur un espace de 3,65 hectares. Pour un tel rendement au sol, il faudrait un terrain dix fois plus grand et deux fois plus de main-d’œuvre. Un système rotatif fait monter les bacs de plantation vers la lumière puis descendre vers l’eau. Un projet vertueux dans un pays où 90 % des ressources alimentaires sont importées7.  

visuel ferme aquaponie en Jordanie

Hydroponie en Jordanie

En Jordanie, dans le camp de réfugiés de Jerash, la production d’oignons, de laitues, de fraises et de thym est pratiquée dans une serre hydroponique sur un toit de 32 m². L’exploitant parvient à y produire 70 kilos d’oignons et 20 kilos de laitue tous les 40 jours. Cette ferme n’est pas seule en son genre, dans ce pays souffrant de sécheresse. Seul le coût élevé de la mise en place initiale reste un frein à un plus large développement8.   

Bien sûr, le hors-sol présente des limites. L’investissement initial (infrastructure, éclairage LED, contrôle climatique, automatisation…) est important. L’utilisation de lumière artificielle, même basse consommation, induit un coût électrique toute l’année, tandis que l’agriculture au sol utilise la lumière naturelle, une ressource non seulement gratuite et surtout renouvelable. Pour rester vertueuses, les fermes verticales doivent veiller à se doter d’énergie verte. Quant à l’utilisation à grande échelle de systèmes d’éclairage LED, il représente un défi matière de recyclage9.  

Ce type de culture nécessite aussi des savoir-faire particuliers : gérer les besoins en nutriments des plantes, surveiller leur pH et les paramètres climatiques de la serre… sans compter les éventuelles installations techniques. Les travailleurs agricoles possédant les compétences requises sont encore peu nombreux.

Enfin, comme pour l’agriculture traditionnelle, se pose la question de la biodiversité et de la monoculture, notamment parce que certaines variétés de plantes sont privilégiées au détriment d’autres, moins adaptées à la culture hors-sol.  

Bien que prometteur et en forte progression, le hors-sol ne représente encore qu’une fraction des cultures dans le monde.  

Metrix, un logiciel de pilotage efficace pour les fermes verticales

Au Canada, GoodLeaf Farms, chef de file de l’agriculture verticale au Canada, utilise le logiciel Metrix d’Actemium, filiale de VINCI Energies dédiée à la transformation des processus industriels, pour piloter sa production et automatiser ses sites. Le logiciel permet de visualiser le calendrier, le budget, les actions à mener, les changements apportés, les risques et la sécurité du projet sur la même plateforme. Un plus pour cette entreprise particulièrement exemplaire qui recycle une grande partie de son eau et dont l’empreinte carbone est deux fois moins élevée que celle d’une ferme traditionnelle10

Une agriculture de précision connectée

On parle d’agriculture de précision lorsque cette dernière mobilise des technologies telles que l’internet des objets (IoT) – un réseau d’objets et de terminaux connectés équipés de capteurs capables de transmettre et de recevoir des données entre eux et avec d’autres systèmes. L’utilisation de l’IA complète les systèmes, permettant ainsi aux gestionnaires d’exploitation de mieux gérer les données collectées et de les interpréter.  

Aujourd’hui, les agriculteurs utilisent près de 100 millions d’appareils connectés11 et on s’attend à ce que le marché mondial des solutions IoT pour l’agriculture dépasse les 33 milliards de dollars d’ici à 2032.  

Ces technologies peuvent aider à détecter les mauvaises herbes, les maladies des plantes, la maturité des fruits, leur taille et leur qualité, mais aussi à réduire la consommation d’eau. Les outils disponibles sont ainsi déjà très précis.  

Du blé au vin : les multiples usages de l’agriculture connectée

Harvest Coordination App12 est une application mobile qui aide à coordonner les récoltes. Conçue par Axians Business Applications, filiale de VINCI Energies, elle sert de tableau de bord aux conducteurs de moissonneuses-batteuses lors des récoltes. Elle permet notamment de visualiser la jauge de remplissage de la benne et d’anticiper le temps de travail restant, grâce à la géolocalisation des véhicules. L’application indique également le taux d’humidité des cultures, leur rendement par mètre carré et la qualité des grains récoltés.  

Autre exemple, l’installation de capteurs intelligents et de systèmes automatisés au Château Larose-Trintaudon par Actemium Bordeaux Process, filiale de VINCI Energies : les équipements sont reliés à un système de contrôle qui permet au domaine de vérifier la température, la pression et le niveau des cuves, de piloter les transferts de vin et les nettoyages, et de suivre en temps réel les paramètres de la fermentation. Objectif : une vinification mieux contrôlée et plus qualitative, ainsi qu’une efficacité et une rentabilité accrues.  

Cependant, pour les exploitations possédant une connexion Internet limitée, comme souvent en milieu rural, la mise en place de systèmes nécessitant une transmission en temps réel implique des coûts supplémentaires. Collecte, stockage et sécurisation d’un grand nombre de données, qui nécessite l’installation d’une infrastructure solide, parfois coûteuse13.   

La robotique aux côtés des travailleurs agricoles

La robotique n’est pas nouvelle en agriculture : en élevage, 25 % des exploitations laitières françaises sont équipées de robots de traite, malgré l’investissement important qu’ils représentent14. Des distributeurs automatiques de nourriture et des robots de raclage15 sont aussi largement utilisés. Ces appareils contribuent à rendre l’élevage et l’agriculture moins pénible – une chance pour des métiers qui souffrent parfois d’un déficit d’image et de stéréotypes : physiquement exigeants, peu attrayants et mal rémunérés16. Encore plus innovants, certains robots permettent d’ajuster l’alimentation des animaux selon leurs besoins17 ou de prédire les maladies en observant le comportement des vaches laitières par exemple18. Dans les cultures, des robots équipés d’un GPS et d’une caméra ont été conçus pour désherber entre les rangées de cultures, tel Dino, conçu et fabriqué en France par la société Naïo19. Celui-ci nettoie les cultures maraîchères entre les rangs et entre les plants, sur chaque rang Actemium Bordeaux Process, filiale de VINCI Energies, a conçu également conçu un robot mobile autonome, capable de convoyer le raisin du chai jusqu’aux cuves20.  

 

Adopter un robot permet dans la majorité des cas de diminuer la contrainte physique liée à la tâche à réaliser et un gain de temps notable. Cela nécessite en revanche, de l’investissement, financier comme humain. Cela nécessite de gérer son exploitation autrement, d’acquérir d’autres compétences.  

 

Les nouvelles technologies appliquées à l’agriculture répondent à de nombreux besoins, à la fois en matière de rendement et de bien-être au travail pour les agriculteurs, et ne peuvent être déployées qu’à la condition de disposer d’une connaissance fine du métier. Les savoir-faire traditionnels comme la connaissance de l’exploitation, des bêtes, des cultures et terrains restent essentiels, ne serait-ce que pour bien choisir, développer et intégrer l’outil qui répond à des besoins précis identifiés ou pour faire fonctionner l’exploitation lorsqu’un problème technique survient.  

Sources :

1 France 2030 : « La “French AgriTech” au service de l’innovation agricole » – https://www.info.gouv.fr/actualite/la-french-agritech-au-service-de-l-innovation-agricole 

2 Agri France : « En quoi consiste une agriculture hors-sol ou hydroponique ? » – https://www.agri-france.com/en-quoi-consiste-une-agriculture-hors-sol-ou-hydroponique/  

3 Aquaponie, Wikipedia – https://fr.wikipedia.org/wiki/Aquaponie  

4 « Les fermes maraîchères verticales », analyse du Ministère de l’agriculture et de l’alimentationhttps://agreste.agriculture.gouv.fr/agreste-web/download/publication/publie/Ana141/Analyse_1411907.pdf   

5 MarketsandMarkets : « Global Hydroponics Market Size, Growth Trends, and Future Outlook 2025-2027 » –https://www.marketsandmarkets.com/blog/FB/hydroponic-market 

6 Ibid. 

7 Métropoles du Sud : « Sky Greens » – https://metropolesdusud.com/sky-greens-1  

8 The Guardian : « Le pharmacien qui vend des oignons : les Palestiniens deviennent hydroponiques dans le “camp de Gaza” en Jordanie » – https://www.theguardian.com/global-development/2024/feb/05/palestinian-refugees-jerash-camp-jordan-hydroponic-horticulture  

9 NextWaste : « Défis à relever pour recycler les lampes et les ampoules à LED » –https://www.nextwaste.fr/defis-recycler-lampes-ampoules-led/  

10 The Agility Effect : « GoogLeaf Farms fait décoller la productivité de son agriculture verticale » – https://www.theagilityeffect.com/fr/article/goodleaf-farms-fait-decoller-la-productivite-de-son-agriculture-verticale/  

11 DIGI : « L’IoT dans l’agriculture : 10 cas d’utilisation des technologies agricoles intelligentes » – https://fr.digi.com/blog/post/iot-in-agriculture  

12 The Agility Effect : « L’IoT et l’IA au service d’une agriculture de précision » – https://www.theagilityeffect.com/fr/article/liot-et-lia-au-service-dune-agriculture-de-precision/  

13 DIGI : « L’IoT dans l’agriculture : 10 cas d’utilisation des technologies agricoles intelligentes » – https://fr.digi.com/blog/post/iot-in-agriculture  

14 Ouest France : « Une exploitation laitière sur quatre est aujourd’hui équipée d’un robot de traite » – https://www.ouest-france.fr/economie/agriculture/elevage/une-exploitation-laitiere-sur-quatre-est-aujourdhui-equipee-dun-robot-de-traite-0d9daf42-fe91-11ef-9b78-58334960577c  

15 Ministère de l’Agriculture : « Robots agricoles, où en est-on ? » – https://agriculture.gouv.fr/robots-agricoles-ou-en-est 

16 Capijob : « Les défis croissants du recrutement dans le secteur de l’agriculture » – https://www.capijobnew.com/les-defis-croissants-du-recrutement-dans-le-secteur-de-lagricultur-281  

17 Oxford Academic : Prediction of the daily nutrient requirements of gestating sows based on sensor data and machine-learning algorithms – http://doi.org/10.1093/jas/skad337  

18 Science Direct :  Discriminating pathological, reproductive or stress conditions in cows using machine learning on sensor-based activity data – http://doi.org/10.1016/j.compag.2022.107556  

19 Ouest France : « Avec le robot Dino, le désherbage des légumes est écolo » – https://www.ouest-france.fr/economie/agriculture/essais-agricoles/avec-le-robot-dino-le-desherbage-des-legumes-est-ecolo-6651240   

20 The Agility Effect : « Des robots et des chais » – https://www.theagilityeffect.com/fr/article/des-robots-et-des-chais/  

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