Document d'enregistrement universel 2025

Gouvernance

Le risque est généralement accru lorsqu’une activité repose sur un fort volume de travailleurs peu qualifiés ou dans des contextes de flux de migration de main-d’œuvre importants. Bien que VINCI favorise l’emploi local, ses entreprises peuvent être amenées dans certaines régions à recruter des travailleurs migrants pour leurs activités, principalement du fait d’une pénurie de main-d’œuvre locale. Or, lorsque les travailleurs migrent pour leur travail, ils dépendent de leur employeur non seulement pour leur emploi, mais aussi souvent pour leurs conditions de vie et d’hébergement. Ils sont alors plus vulnérables et exposés à des risques d’exploitation. Ces risques sont amplifiés lorsqu’ils ne parlent pas la langue du pays d’immigration, sont peu familiers avec les normes culturelles et ont une connaissance limitée de leurs droits.

Depuis plusieurs années, VINCI a développé et adapté des approches et des outils opérationnels en faveur de la lutte contre le travail forcé. Pour ce faire, VINCI travaille tant avec ses parties prenantes internes qu’avec une multitude d’autres acteurs disposant d’expertises complémentaires. Tout en renforçant ses politiques et pratiques internes, VINCI s’attache ainsi également à contribuer, à travers son expérience, à l’évolution des pratiques de l’écosystème en travaillant de concert avec de nombreuses parties prenantes pour lui permettre de mieux traiter ce risque systémique.

Pour développer son approche, VINCI s’est notamment appuyé sur l’ensemble des actions et mesures déployées chez Qatari Diar VINCI Construction (QDVC) depuis 2007, mais également sur le partenariat public-privé avec le bureau de projet de l’OIT au Qatar, mis en œuvre entre 2018 et 2021, visant à développer un corridor de migration entre le Qatar et le Bangladesh, sans frais de recrutement pour les travailleurs(1). Parmi les autres collaborations significatives, QDVC avait également participé à une étude sur le recrutement éthique mené par le New York University Stern Center for Business and Human Rights. Sur la base des informations quantitatives et qualitatives fournies par QDVC, ainsi que des entretiens avec les travailleurs, l’encadrement, les agences de recrutement et de placement et les sous-traitants, le rapport avait reconnu l’efficacité des mesures de diligence raisonnable mises en place et avait estimé que « la norme QDVC représente la pratique de recrutement la plus responsable qui existe actuellement dans l’industrie(2) ». À fin 2025, QDVC a achevé l’ensemble des projets d’infrastructures pour lesquels elle avait été mandatée, et l’entreprise emploie actuellement moins de 80 salariés et 40 en sous-traitance, essentiellement sur des activités de finition, de maintenance et de levée de réserves. Les informations concernant les activités de QDVC, exceptionnelles par leur envergure, et les actions de prévention et d’atténuation des risques au Qatar sont disponibles sur le site Internet du Groupe(3). Les éditions précédentes du plan de vigilance du Groupe rendent également compte des actions mises en œuvre au Qatar.

Conformément à son ambition d’établir des lignes directrices opérationnelles pour ses équipes, tout d’abord, le Groupe a plus largement décliné le sujet du risque de travail forcé dans une série de risques concrets : le risque de dettes et de frais de recrutement, le risque de substitution du contrat de travail et le risque de confiscation des papiers d’identité, du visa, du passeport. Pour chacun de ces risques, des lignes directrices ont été définies. Sont également couverts les risques liés aux conditions de travail (rémunération, temps de travail, etc.) et d’hébergement ainsi que les pratiques de la chaîne de valeur.

En parallèle, le Groupe travaille en continu au développement de formations, destinées aux équipes opérationnelles, consacrées à la détection et à la prévention des risques de travail forcé, notamment à travers des études de cas pratiques. En 2024 et 2025, l’équipe de la direction de la Responsabilité sociétale de VINCI a ainsi animé ou coanimé plusieurs ateliers de renforcement des capacités dans le Golfe et en Asie du Sud-Est. Ces ateliers et formations visent à renforcer les capacités des équipes à prévenir les risques, depuis les phases de sélection jusqu’à la rédaction de clauses contractuelles ou encore à la conduite d’audits chez les sous-traitants et les agences de recrutement. Ces ateliers ont compté sur la participation de parties prenantes locales pour être au plus proche des réalités de l’écosystème (entreprises, organisations internationales, ONG).

Parmi les outils diffusés, et objet de ces formations, figure le « Fair Recruitment Toolkit for Employers & Service Providers », boîte à outils opérationnelle en faveur du recrutement responsable des travailleurs migrants à l’attention des employeurs et des prestataires de services. Ce travail, auquel VINCI a très largement contribué, s’est fortement inspiré du projet pilote conduit par QDVC et VINCI avec l’OIT. La boîte à outils a été rendue publique et en accès ouvert en septembre 2023(4). Elle est établie sur la base des principes de recrutement équitable de l’OIT, des orientations de l’OIM, des principes de Dacca et des meilleures pratiques développées en interne par les entreprises contributrices. Elle fournit des outils opérationnels à travers des actions clés, tout au long du parcours de recrutement, sur la manière de sélectionner un agent de recrutement, de mettre en œuvre une politique de recrutement sans frais à travers le contrôle des frais de recrutement, d’interviewer des travailleurs, ou encore de concevoir et de créer un mécanisme de réclamation efficace.

À la suite de la publication de cette boîte à outils et au lancement des ateliers de renforcement des capacités à partir de 2024, en 2025, VINCI et le WBCSD ont travaillé au développement d’un module d’e-learning. Ce module permet à un public plus large d’accéder à une formation facilitant la prise en main et l’utilisation de la boîte à outils.

De même, en 2025, VINCI a conduit des missions de revue des processus de recrutement, notamment chez certains sous-traitants dans deux de ses filiales dans le Golfe et en Asie du Sud-Est. À l’occasion de ces missions, des entretiens ont été réalisés avec plus d’une centaine de travailleurs directs et de travailleurs de sous-traitants de différentes nationalités. Des entretiens et des vérifications ont également été faits auprès d’une dizaine de représentants de sous-traitants ou d’agences de recrutement. Ces missions ont notamment pris la forme de formation-action pour l’encadrement de ces filiales et feront l’objet d’un suivi.

En parallèle, VINCI travaille avec d’autres entreprises du secteur de la construction, principalement dans le cadre de Building Responsibly. Les principes fondateurs de l’initiative stipulent la lutte contre le travail forcé et la promotion de pratiques de recrutement responsable. Depuis le lancement de l’initiative en 2017, VINCI a contribué à la rédaction de la note d’orientation sur le recrutement et a également publié une étude de cas sur les pratiques de recrutement de QDVC au Qatar(5). En 2024, le Groupe a organisé des webinaires sur le recrutement équitable tout au long de l’année dans le but de partager les outils, les méthodologies et les projets existants avec les autres membres. Ces webinaires ont également fait intervenir un ensemble d’acteurs clés et reconnus sur le sujet (Verité, Impactt, Fair Hiring Initiative, BRAC, Asia Philanthropy Circle, IHRB, etc. ) pour présenter leurs travaux et leurs solutions. Des agences de recrutement ayant réalisé une démarche d’audits et de transformation de leurs process pour respecter les principes du recrutement responsable ont également témoigné. L’objectif de ces webinaires était, d’une part, de permettre l’échange d’outils existants afin que chacun puisse progresser en interne sur le sujet et, d’autre part, d’impulser une réflexion à plus long terme sur ce qui pourrait être mis en œuvre dans le cadre d’une approche collective au niveau sectoriel dans certaines géographies. Ce point a fait l’objet d’un groupe de travail lors du séminaire des membres en novembre 2024 et, sous l’égide du secrétariat de l’initiative assuré par BSR, les membres ont travaillé en 2025 à une note de concept en vue de définir un projet pilote collectif. Ce travail est en cours.