La multiplication des évaluations favorise le partage de pratiques et d’expériences issues du terrain entre les filiales. Les recommandations découlant des évaluations sont le plus étroitement adossées aux pratiques des filiales, pour que les actions recommandées soient efficaces dans le contexte d’opération donné. Par exemple, il peut être recommandé d’intégrer la prévention des risques sociaux dans les check-lists de visites de sites des managers ou dans les applications mobiles développées en matière de santé-sécurité, plutôt que de créer de nouveaux outils.
La prévention des risques de travail forcé
Le Groupe s’est engagé depuis longtemps à lutter contre le travail forcé. En effet, compte tenu de la gravité de ce risque, VINCI est particulièrement conscient qu’une attention accrue doit être accordée notamment aux conditions de recrutement et d’emploi des travailleurs migrants, qu’ils soient employés directement ou indirectement, par des agences de travail temporaire ou des entreprises sous-traitantes. Les facteurs sous-jacents à ce risque pouvant différer d’une région à une autre, VINCI considère qu’il est à traiter au plus près des réalités de chaque terrain d’opération pour pouvoir prendre des mesures adaptées et efficaces. En effet, ce risque peut naître de certains cadres législatifs qui ne sont pas alignés avec les conventions internationales, mais aussi de mauvaises pratiques locales, parfois quasi « institutionnalisées ». Nombre de ces problèmes apparaissent très tôt durant la phase de recrutement, avant même que les travailleurs n’arrivent sur le projet ou ne soient employés par le Groupe.
Le risque est généralement accru lorsqu’une activité repose sur un fort volume de travailleurs peu qualifiés ou dans des contextes de flux de migration de main-d’œuvre importants. En effet, la recherche d’un emploi plus rémunérateur, le contexte économique ou la situation géopolitique dans certains pays pousse un certain nombre de travailleurs à migrer dans un autre pays. Or, le secteur de la construction est pourvoyeur d’opportunités d’emploi. Bien que VINCI favorise l’emploi local, ses entreprises peuvent être amenées dans certaines régions à recruter des travailleurs migrants pour leurs activités, principalement du fait d’une pénurie de main-d’œuvre locale. Or, lorsque les travailleurs migrent pour leur travail, ils dépendent de leur employeur non seulement pour leur emploi, mais aussi souvent pour leurs conditions de vie et d’hébergement. Ils sont alors plus vulnérables et exposés à des risques d’exploitation. Ces risques sont amplifiés lorsqu’ils ne parlent pas la langue du pays d’émigration, sont peu familiers avec les normes culturelles et ont une connaissance limitée de leurs droits.
Depuis plusieurs années, VINCI a développé et adapté des approches et des outils opérationnels en faveur de la lutte contre le travail forcé. Pour ce faire, VINCI travaille tant avec ses parties prenantes internes qu’avec une multitude d’autres acteurs disposant d’expertises complémentaires. De même, VINCI s’attache non seulement à renforcer ses politiques et pratiques internes de manière plus globale au sein du Groupe, mais également à contribuer, à travers son expérience, à l’évolution des pratiques de l’écosystème en travaillant de concert avec de nombreuses parties prenantes.
Ainsi, conformément à son ambition d’établir des lignes directrices opérationnelles pour ses équipes, le Groupe a décliné le sujet du risque de travail forcé dans une série de thématiques concrètes : le risque de dettes et frais de recrutement, le risque de substitution du contrat de travail et le risque de confiscation des papiers d’identité, du visa, du passeport. Sont également couverts les risques liés aux conditions de travail (rémunération, temps de travail, etc.) et d’hébergement ainsi que les pratiques de la chaîne de valeur. Ces facteurs de risques sont déclinés dans l’ensemble des outils développés en soutien de la démarche droits humains (voir paragraphes précédents du plan de vigilance en matière de droits humains), des cartographies des risques à l’outil d’évaluation.
L’un des axes de travail prioritaires de l’approche droits humains du Groupe porte sur le recrutement responsable. À ce titre, le Groupe travaille au développement de formations destinées aux managers sur la détection et la prévention des risques de travail forcé notamment à travers des études de cas pratiques. En 2024, l’équipe de la Responsabilité sociétale de VINCI a animé plusieurs ateliers de renforcement des capacités dans le Golfe afin de poursuivre la formation des équipes opérationnelles sur le sujet et sur les approches et outils pratiques qui peuvent être appliqués sur le terrain et avec les partenaires de la chaîne d’approvisionnement afin de prévenir les risques, depuis les phases de sélection, jusqu’à la rédaction de clauses contractuelles ou encore à la conduite d’audits chez les sous-traitants et les agences de recrutement.
VINCI se tient également informé des nouveaux outils développés par des organisations spécialisées. Certaines entreprises du Groupe utilisent ainsi dans plusieurs opérations l’outil Cumulus, conçu par l’ONG Verité, pour auditer les pratiques dans la chaîne d’approvisionnement, en particulier les agences de recrutement et les agences de travail temporaire. Le Groupe travaille sur la prévention des risques des travailleurs migrants avec les équipes présentes dans les pays les plus exposés. Des évaluations droits humains ont été menées afin de mettre en place, le cas échéant, des actions préventives et correctives appropriées et adaptées au contexte de chaque pays. Aux Émirats arabes unis, Building and Wood Workers’ International (BWI) a visité le projet de dépôt ferroviaire 2F1 afin de comprendre les pratiques en vigueur sur le site.
Pour développer son approche, VINCI s’est appuyé sur l’ensemble des actions et mesures déployées chez QDVC (voir paragraphe suivant : « La prévention des risques au Qatar », page 295) mais également sur le partenariat public-privé avec le bureau de projet de l’OIT au Qatar, mis en œuvre entre 2018 et 2021, visant à développer un corridor de migration entre le Qatar et le Bangladesh, sans frais de recrutement pour les travailleurs. À la suite d’un audit initial réalisé par l’ONG Verité, un programme complet de renforcement des capacités des agences de recrutement et de placement au Qatar et dans les pays d’origine avait été mis en œuvre. Plusieurs missions de suivi et d’accompagnement avaient été organisées à Doha et à Dacca. Afin d’analyser l’impact du recrutement équitable sur les travailleurs et sur les employeurs, une évaluation indépendante avait été menée, via des entretiens avec les travailleurs, à différentes étapes de leur recrutement, puis durant leur emploi. Les résultats de ce projet pilote ont été publiés fin 2021(**) et présentés auprès de différentes universités et enceintes d’experts, ainsi que de la société civile. Parmi les résultats constatés, les ateliers de renforcement des capacités avaient eu pour effet immédiat d’améliorer en profondeur les pratiques des agences de placement. Ces dernières avaient notamment perfectionné les contrats et les conditions contractuelles avec les agences de recrutement dans les pays d’origine, et le contrôle de l’utilisation des sous-agents, notamment sur la base d’une matrice de répartition des coûts transparente.