Verbatim
EuroBusiness Media (EBM) : VINCI, premier groupe mondial de concessions et de construction, annonce des bénéfices pour le premier semestre 2010. Bonjour Xavier Huillard.
Xavier Huillard (XH) : Bonjour Adrian, je me réjouis de cet entretien.
EBM : Vous êtes Président-Directeur général de Vinci. L’année 2010 étant aux deux tiers écoulée, quel regard portez-vous sur les résultats de VINCI à ce jour ?
XH : Comme vous le savez, nous avons publié hier soir nos résultats financiers pour le premier semestre 2010. Le chiffre d’affaires du premier semestre progresse de plus de 2% et le résultat d'exploitation est en hausse de près de 5% par rapport au premier semestre 2009. Je dirais donc que les résultats de VINCI pour 2010 à ce jour se situent au-dessus des prévisions.
Nous sommes au-dessus des prévisions pour les autoroutes françaises. Nous escomptions une progression du chiffre d’affaires de l’ordre de 2,5%, mais nous étions à +5% fin juin grâce à une nette progression du trafic des véhicules légers et à la reprise qui s’amorce pour le trafic poids lourds.
Pour nos activités Contracting, notre chiffre d’affaires est, ici aussi, supérieur à nos prévisions. Nous envisagions un recul de l’ordre de 4-5% pour l'année entière à périmètre constant. Ce chiffre tenait compte de la saisonnalité habituelle qui, normalement, induit une baisse un peu plus importante au premier semestre. Pourtant les activités Contracting n'ont baissé que de 5% sur une base comparable fin juin. C'est assez remarquable quand on pense aux intempéries que nous avons traversées.
Pour ce qui est du résultat d'exploitation des activités Contracting, il est resté stable comme prévu.
Enfin, notre carnet de commandes record de plus de 28 milliards d'euros nous apporte non seulement une meilleure visibilité sur la façon dont l’année 2010 devrait s’achever mais aussi un peu de réconfort en ce qui concerne les niveaux d'activité pour 2011 et au-delà.
Globalement, je dirais donc que les choses vont peut-être un peu mieux que ce que nous avions prévu en début d’année.
EBM : Peut-être pourrions-nous parler un peu plus de votre carnet de commandes. Comment expliquez-vous le succès apparent que vous avez rencontré et comment, selon vous, les choses vont-elles évoluer dans les mois à venir ?
XH : Adrian, à mes yeux, cette situation s’explique par les raisons suivantes :
Tout d'abord, nous sommes montés d’un cran dans la chaîne de valeur en termes de taille et de complexité en nous focalisant sur des opportunités commerciales plus importantes.
Deuxièmement, nous avons diversifié notre présence géographique hors de nos marchés traditionnels de France et d’Europe. Et cette stratégie a payé en 2010 puisque nous avons enregistré des commandes en Afrique du Nord et en Afrique centrale, en Asie et en Amérique du Nord. Nous avons ainsi obtenu la centrale électrique de Kenitra au Maroc, l'Université Toukra au Tchad, la ligne ferroviaire Hong Kong-Guangzhou en Chine et le projet I-495 aux États-Unis.
Troisièmement, nous privilégions les projets d'infrastructures de transport, où une part non négligeable de la dépense publique s’est concentrée et continuera à se concentrer. Nous remportons de grands projets d'infrastructure à peu près partout dans le monde, qu’il s’agisse des projets chinois et américains que je viens de citer ou du projet GSM-Rail, ici en France. Cela a un impact immédiat non seulement en termes de prises de commandes et d'activités à court terme, mais aussi parce que cela nous assure un peu plus de visibilité à plus long terme pour nos activités Contracting.
Nous constatons par ailleurs une amorce de reprise sur le secteur privé. Nous avons remporté plusieurs grands projets de rénovation en France en juillet : la tour Descartes à La Défense et l'hôtel Peninsula à Paris. Voilà qui accroît encore notre visibilité. En effet, VINCI Construction France, notre plus grande division Contracting en termes de chiffre d’affaires, prévoit que son chiffre d’affaires 2011 pourrait être supérieur à celui de 2010 en raison de son carnet de commandes actuel.
Enfin, je crois utile de souligner que nous avons été désignés « attributaire » d’un nombre non négligeable de projets mais qu’ils ne figurent pas aujourd'hui dans notre carnet de commandes. Je pense à la liaison ferroviaire à grande vitesse Sud Europe Atlantique Tours-Bordeaux ou au nouvel aéroport de Nantes. Ces deux projets représentent quelque 7 milliards d'euros d'activité future, en plus de ce que nous avons déjà en commandes.
Je dirais donc que notre carnet de commandes, assorti de nos projets « attributaire », nous met dans une position assez confortable.
EBM : Vous avez évoqué la dépense publique et j’ai le sentiment que les marchés s’interrogent à ce propos en raison des plans d'austérité annoncés en Europe et, surtout, de l'impact du recul de la dépense publique sur des entreprises comme Vinci. Qu’en dites-vous ?
XH : Il est clair que les plans d'austérité sont plus fréquemment évoqués ces jours-ci que les plans de relance. Il est non moins clair que l'austérité est déjà d’actualité dans certains pays européens comme la Grèce, l'Espagne et le Royaume-Uni. Nos chiffres reflètent déjà cette réalité. A titre d’exemple, au Royaume-Uni, notre activité Construction a reculé, passant de 660 millions d'euros au premier semestre de l'année dernière à 560 millions d'euros au premier semestre 2010.
En France, toutefois, la situation n'est pas aussi tranchée :
- Le fait est qu'aujourd'hui nous ne voyons pas d'impact significatif en termes de marchés publics.
- Nous n’avons constaté aucune annulation des marchés attribués.
- Et, pour couronner le tout, les grands projets d'infrastructure comme la liaison ferroviaire Tours-Bordeaux et l'aéroport de Nantes dont je viens de parler vont aller de l'avant. C'est acquis.
Cela dit, VINCI est sans nul doute exposé à des risques en ce qui concerne les marchés publics en France et hors de France. Mais, dans le même temps, VINCI est bien positionné sur le marché privé qui montre certains signes de reprise. En outre, VINCI se développe sur les marchés émergents en Europe centrale, en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie. Ainsi, nous n'avons jamais vu autant de projets d'infrastructure en Pologne, nous avons remporté un marché d’une valeur de 160 millions d'euros à Hong Kong et un marché d'un demi-milliard d'euros en Papouasie-Nouvelle-Guinée.
Disons, pour faire court, que nous ne sommes pas naïfs – il ne nous a pas échappé que la dépense publique allait probablement diminuer en Europe de l’Ouest. Mais en raison du grand nombre de pays où nous opérons, de notre vaste expertise professionnelle et de l’essor du concept de partenariat public-privé qui permet de financer des projets, nous ne doutons pas de notre capacité à nous développer dans les années à venir.
EBM : Peut-être pourriez-vous faire le point sur la situation en matière de fusions acquisitions. Où en est la transaction Cegelec et que peut-on attendre d'autre ?
XH : La transaction Cegelec a été bouclée le 14 avril et nous en avons consolidé les résultats depuis. Nous avons donc environ deux mois et demi d’activité dans nos chiffres du premier semestre, et nous bénéficierons d'une période pleine de consolidation au second semestre. Je rappelle que le chiffre d’affaires de Cegelec était de l’ordre de 2,8 milliards d'euros en 2009. Et nous escomptons une contribution de Cegelec de l’ordre de 2 milliards d'euros au chiffre d’affaires de VINCI cette année.
Nous avons bouclé par ailleurs la transaction Faceo fin juillet et commencé à en consolider les résultats début août. Faceo, dont le chiffre d’affaires s’élevait à 430 millions d'euros l'année dernière, nous apporte son expertise de leader de la gestion de sites. Nous avons commencé à regrouper toutes nos activités de « facilities management » sous une nouvelle structure, VINCI Facilities. C'est une activité que nous voulons développer car elle génère un chiffre d’affaires récurrent avec une marge qui dépasse généralement 5%.
Enfin la transaction Tarmac, qui implique l'acquisition de carrières en France, en Allemagne, en Pologne et en République tchèque, devrait être parachevée dans les prochains jours.
Hormis ce qui précède, nous ne prévoyons pas de transactions significatives dans les prochains mois.
EBM : En conclusion, envisagez-vous de réviser vos perspectives et prévisions en année complète pour 2010 ?
XH : Nos prévisions étaient de l’ordre de 2,5% de croissance du chiffre d’affaires de nos autoroutes en France. Nous devrions terminer l’année sur un chiffre un peu plus élevé proche de 4% et, s’agissant de l’EBITDA, nous nous en tenons pour le moment à notre prévision de marge inchangée.
S’agissant de l’activité Contracting, nous avions indiqué qu’à périmètre constant le chiffre d’affaires reculerait de 4 à 5%. Cela reste d’actualité même si aujourd'hui nous évoluons vraisemblablement vers le bas de cette fourchette. Ensuite, nous avions dit que, après l'ajout de Cegelec et Tarmac, nous aurions une croissance « légèrement » positive. Aujourd’hui, quand on prend en considération Faceo et aussi le fait que Cegelec a été consolidée un peu plus tôt que prévu, nous pensons que le chiffre d’affaires de l‘activité Contracting progressera de 5% environ.
En qui concerne l’EBIT, nous estimons que le résultat d’exploitation d'Eurovia va essentiellement rebondir au second semestre et que, pour l'ensemble de l’activité Contracting, le résultat d'exploitation sera stable à environ 4,5%.
Le résultat net devrait se situer au niveau des 1,6 milliards d'euros que nous avons gagnés l'année dernière, plus l'apport de Cegelec, plus l'incidence du trafic autoroutier français, plus élevé que prévu.
Enfin et surtout, notre endettement net devrait rester au même niveau qu’à la fin juin.
EBM : Xavier Huillard, Président-Directeur général de VINCI, je vous remercie.
XH : Merci à vous.
