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Verbatim

EuroBusiness Media (EBM) : quels commentaires pouvez-vous faire sur la performance globale et les résultats financiers de VINCI pour l’exercice 2009 ?

Xavier Huillard (XH) : Je qualifierai l’exercice 2009 de relativement bon pour VINCI. Nous avons conçu et mis en œuvre une stratégie de « crise financière » dont l’objectif était de préserver et d’exploiter les gains de rentabilité que nous avons réalisés au cours de ces dernières années. En termes de résultats financiers, nous avons pris sciemment la décision de réduire notre chiffre d’affaires afin de pouvoir maintenir notre marge opérationnelle et notre résultat net. Le chiffre d’affaires de l’exercice 2009 a baissé de 4,6 %, tandis que notre marge opérationnelle récurrente – ROPA / CA (résultat opérationnel sur activité / chiffre d’affaires) - au niveau du groupe a progressé de 20 points de base pour atteindre 10 %. Comment y sommes-nous parvenus ? Premièrement, nous avons continué de faire des progrès en matière de maîtrise des coûts et d’efficacité opérationnelle dans le secteur des concessions : la marge EBITDA est à 63 %, soit une progression de 160 points de base. Deuxièmement, dans le secteur du contracting, nous avons réussi à réaliser une marge opérationnelle (ROPA / CA) de 4,5 %, soit 25 points de base seulement de moins que pour l’exercice 2008, grâce à un solide carnet de commandes, à une approche sélective en matière de nouveaux contrats et à un suivi rigoureux de l’exécution des projets en cours. Enfin, nous avons réussi à réduire notre endettement net de 1,7 milliard d’euros. Cette baisse, conjuguée au fléchissement des taux d’intérêt, nous a permis de réduire nos frais financiers nets de 120 millions d’euros. Nous avons maintenu notre bénéfice net à 1,6 milliard d’euros grâce à la combinaison de ces facteurs ; il reste ainsi quasiment inchangé par rapport à l’exercice 2008. Je soulignerai par ailleurs que nous avons remporté de nouveaux gros contrats PPP en France, en Allemagne et en Slovaquie. Grâce à ces contrats et aux programmes de relance, nous entamons l’exercice 2010 avec un carnet de commandes qui atteint un niveau historique à plus de 24 milliards d’euros, ce qui représente environ 11 mois de notre activité de contracting. Concernant notre stratégie à long terme, l’acquisition de Cegelec débouchera sur la naissance d’un leader européen dans le secteur des services dans les télécommunications et l’énergie. Ces activités améliorent notre profil de risque et garantissent des marges opérationnelles (ROPA/CA) solides, supérieures à 5 %. En bref, VINCI a réussi en 2009 à limiter l’impact négatif de la crise financière sur son chiffre d’affaires, à améliorer la rentabilité sous-jacente du groupe, à réduire son endettement net, à remporter des contrats importants tout en conservant un carnet de commandes qui a atteint un niveau historiquement élevé, et a pris des décisions stratégiques pour améliorer le potentiel de création de valeur pour nos actionnaires en 2010 et au-delà.

EBM : pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’activité des concessions autoroutières en France et sur vos résultats dans ce domaine en 2009 ?

XH : début 2009, nous avions prévu un ralentissement global du trafic de 2 à 3 %. Nous estimions que le chiffre d’affaires resterait stable, tout en espérant atteindre nos objectifs EBITDA qui étaient de 67 % pour ASF et de 69 % pour Cofiroute. Au début du deuxième trimestre 2009, le trafic véhicules particuliers a commencé à croître, et a terminé l’année sur une progression de 3,2 %. Le trafic poids lourds a baissé de 10 % en 2009, ce qui est conforme à nos prévisions. Globalement, le trafic a augmenté de 1,2 % sur l’exercice 2009, et le chiffre d’affaires a progressé de 3,1 %. Nous avons également dépassé nos objectifs en matière d’EBITDA : nous avons réalisé 67,3 % chez ASF et 72 % chez Cofiroute. L’activité concession de VINCI résiste donc très bien. Jugez-en par vous-même : malgré une baisse de 10 % du trafic poids lourds, notre chiffre d’affaires a progressé et nous avons amélioré notre EBITDA.

EBM : au mois d’août de l’année dernière, vous avez racheté Cegelec tout en renforçant votre partenariat stratégique avec Qatari Diar. Six mois plus tard, pouvez-nous nous dire quels sont les premiers effets tangibles de cette opération ?

XH : le dossier a été transmis aux autorités chargées du contrôle des ententes à Bruxelles fin février, le 24 pour être précis. En supposant que les autorités rendent un avis favorable début avril, la transaction devrait prendre effet au mois de mai ou juin de cette année. Après cette date, les résultats financiers de Cegelec seront intégralement consolidés au niveau du groupe VINCI. Je vous rappelle que cette opération n’est pas seulement un moyen de devenir leader européen dans le secteur des services de télécommunications et de l’énergie, mais que c’est également un moyen efficace pour développer nos partenariats avec le Qatar.

EBM : quelles sont les perspectives de la construction ? Pensez-vous que VINCI est moins touché par la cyclicité qui touche ce secteur, et si oui, pourquoi ?

XH : ce secteur est bien plus consolidé qu’il y a quinze ans, lorsqu’un ralentissement entraînait automatiquement un effondrement des marges. VINCI a des activités extrêmement diversifiées, tant en termes géographiques qu’en matière de savoir-faire. Nous avons remonté la chaîne de valeur dans tous nos segments, et notre marge a acquis ainsi une capacité de résistance interne. Je vous citerai quelques exemples : nous avons diversifié nos activités gazières et pétrolières et avons enregistré dans ce domaine une hausse de notre chiffre d’affaires de 33 % et un doublement du résultat opérationnel (ROPA) en 2009. Nous avons développé notre activité génie civil spécialisée et hautement technique, qui permet de réaliser des marges supérieures à la moyenne. Nous avons développé une expertise inégalée dans les gros projets complexes où la concurrence est moindre et la rentabilité supérieure. Nous avons un réseau étendu de carrières dans toute l’Europe qui nous confère un avantage logistique et financier pour la réalisation des travaux routiers. Notre secteur Energies a des marges très stables. Elles se sont élevées à 5,3 % en 2009, soit quasiment la même chose qu’en 2008. Nous avons donc une activité de contracting qui est globalement moins cyclique. En outre, nous avons veillé à former nos gestionnaires sur le terrain aux notions de marges opérationnelles et de trésorerie, et à ne pas raisonner d’abord en termes de chiffre d’affaires.

EBM : craignez-vous encore que le pire soit devant nous ?

XH : Vous savez, je n’ai pas de boule de cristal… Compte tenu de ce que nous avons récemment observé, je pense que la situation va rester difficile à très court terme. Certains indicateurs macroéconomiques commencent à virer au vert, mais il est difficile de savoir s’ils vont le rester. La situation n’a pas l’air trop mauvaise pour les bâtiments du secteur public, mais nous n’escomptons pas de reprise de l’immobiliser commercial ou de bureaux dans le secteur privé cette année. Pour les travaux routiers, nous avons enfin commencé à ressentir l’impact des programmes de relance sur notre activité, effet qui devrait perdurer au cours du premier semestre 2010. Nous avons ensuite moins de visibilité. Il est bien sûr réconfortant de penser que nous avons un carnet de commandes très bien rempli et que presque 70 % de notre activité est assurée pour 2010. Nous avons également quelques projets de méga-infrastructures, parmi lesquels des lignes ferroviaires à grande vitesse en France, mais il est probable que leur impact sur notre activité ne se fera pas sentir de façon notable avant la fin de l’année prochaine. En bref, je ne pense pas que l’environnement se détériorera de façon significative par rapport à la situation actuelle, et je table sur une reprise courant 2011.

EBM : pour conclure, quelles sont vos perspectives et vos orientations pour 2010 ? Serez-vous en mesure de préserver les marges dans le secteur du contracting alors même que votre chiffre d’affaires continue de baisser ?

XH : pour être concis, je répondrai à votre question par oui, nous pensons pouvoir préserver nos marges en 2010 même si notre chiffre d’affaires continue de baisser. Notre modèle d’affaires concessions-construction apporte une composante non cyclique aux résultats financiers de VINCI. Pour être plus précis, nous pensons, en nous fondant sur les prévisions économiques actuelles, que le trafic véhicules particuliers sur nos autoroutes françaises progressera d’environ 1 %. Quant au trafic des poids lourds, nous estimons qu’il croîtra à un rythme légèrement supérieur, compris entre1,5% et 2 %. Ceci, conjugué à l’augmentation des tarifs des péages autoroutiers intervenue début février, devrait entraîner une augmentation du chiffre d’affaires de 2,5 %. Dans le contracting, en excluant tout impact du rachat de Cegelec, le chiffre d’affaires devrait reculer d’environ 4 %, avec des marges opérationnelles (ROPA/CA - résultat opérationnel sur activité / chiffre d’affaires) similaires à celles de l’exercice 2009. Bien évidemment, si les résultats de Cegelec sont intégralement consolidés au mois de mai ou juin, le chiffre d’affaires du groupe affichera une légère progression. Globalement, nous devrions maintenir à peu près notre résultat net pour l’exercice, et nous continuerons à gérer de façon stricte notre fonds de roulement et notre endettement net pour conserver notre note actuelle de BBB+, qui est l’un de nos actifs les plus précieux.

EBM : Xavier Huillard, PDG de VINCI, merci beaucoup.

XH : Merci Adrian, ce fut un plaisir.